Il est 22 h, vous êtes sur la terrasse, et le jardin s’arrête net au bord des dalles. Au-delà, c’est le noir complet, ou alors le projecteur du garage qui vous aveugle dès que vous tournez la tête. Avant de choisir des luminaires design pour l’extérieur, faites le tour du jardin à la nuit tombée, un mètre ruban à la main.
Sommaire de l'article
- Avant tout achat, dessinez le plan du jardin de nuit
- Les bornes : baliser l'allée sans faire une piste d'atterrissage
- Les spots : un arbre, un mur, une haie, pas tout le jardin
- Les appliques pour la terrasse et la porte d'entrée
- Éclairage extérieur : combien de lumière, et de quelle couleur
- IP, câbles et différentiel : la partie qu'on ne bâcle pas
- Ce qu'il faut apporter à l'électricien
- Questions fréquentes
Un bon éclairage extérieur se joue rarement sur la puissance. Il se joue sur l’emplacement de chaque point lumineux : une borne à l’angle de l’allée, un spot au pied du bon arbre, une applique à la bonne hauteur.
Je pars toujours du terrain, jamais du catalogue. Ce que vous allez éclairer décide du type de luminaire. L’inverse donne des jardins suréquipés, où trois bornes se battent pour un mètre d’allée.
Avant tout achat, dessinez le plan du jardin de nuit
Prenez un plan, même simple, à l’échelle de votre terrain. Reportez-y ce que vous traversez vraiment le soir : l’allée entre le portail et la porte, les marches, la terrasse, le chemin vers l’abri. Puis ce que vous aimeriez voir depuis le salon : un arbre, un mur en pierre, une haie.
Deux colonnes, donc. Ce qui sert à se déplacer, et ce qui sert à regarder. Les premières zones demandent une lumière basse et régulière. Les secondes, un ou deux points bien orientés, pas plus.
Notez aussi les distances. Combien de mètres entre le tableau électrique et le fond du jardin ? C’est ce chiffre qui dira si une borne filaire est raisonnable ou si un modèle solaire fera l’affaire au bout du terrain. Je ne tirerais pas une tranchée sur toute la longueur du jardin pour une seule borne près de l’abri. Là, le solaire a tout son sens.
Les bornes : baliser l’allée sans faire une piste d’atterrissage
Une borne éclaire le sol, pas les visages. C’est tout son intérêt. Posée basse, elle dessine le chemin et laisse le reste dans l’ombre, ce qui est exactement ce qu’on lui demande.
Mon conseil tient en une règle : une borne là où le pied hésite. L’entrée de l’allée, chaque changement de direction, le pied et le haut d’une marche, l’endroit où une racine soulève le dallage. Le guide de Lampea insiste sur ce point : éclairer chaque obstacle, pierre, plante, courbe du chemin. Sur une allée droite et dégagée, inutile d’en aligner une tous les deux mètres. On obtient un balisage d’aéroport, pas un jardin.

Privilégiez les modèles dont la lumière part vers le bas, avec un chapeau ou une grille qui masque la source. Une borne à globe nu, vue depuis la terrasse, éblouit autant qu’un phare. Et décalez-les en quinconce sur une allée large : le sol paraît plus uniforme, avec moins de points.
Les spots : un arbre, un mur, une haie, pas tout le jardin
Le spot, c’est l’outil de mise en valeur. Il vise une cible précise. Un tronc, un massif de graminées, le mur de clôture en pierre sèche. Placé au pied de l’arbre et orienté vers le haut à travers le feuillage, il donne de la profondeur au jardin sans éclairer le ciel pour rien.
Le seul vrai critère, c’est l’axe du faisceau. Avant de fixer quoi que ce soit, allumez le spot de nuit et regardez-le depuis trois endroits : votre fauteuil de terrasse, la fenêtre de la cuisine, et la limite avec le voisin. Si vous voyez l’ampoule depuis l’un de ces trois points, l’angle est mauvais. Reculez le spot, enterrez-le davantage ou faites-le pivoter de quelques degrés.

Une remarque sur les bassins et les mares. Les éclairer directement, vous y perdez : les reflets aveuglent depuis la terrasse et la faune de l’eau n’aime pas ça. Pour les jardins ouverts au public, l’arrêté du 27 décembre 2018 l’interdit d’ailleurs noir sur blanc. Chez vous, rien ne l’impose, mais le résultat parle de lui-même : éclairez la végétation au bord, et laissez l’eau refléter.
Le saviez-vous ? L’arrêté du 27 décembre 2018 sur les nuisances lumineuses encadre l’éclairage des parcs et jardins accessibles au public, ou qui appartiennent à des entreprises, des bailleurs sociaux ou des copropriétés. Il s’applique depuis le 1er janvier 2020 aux installations neuves ; pour les jardins déjà équipés, ses horaires d’extinction valent depuis le 1er janvier 2021. Moins de 25 lumens par mètre carré en agglomération et moins de 10 hors agglomération, extinction au plus tard 1 h après la fermeture du jardin. Pour l’éclairage des allées et des voies, le même texte plafonne la lumière à 3 000 K. Le jardin d’une maison individuelle fermée au public n’est pas visé. Ces trois repères restent pourtant les meilleurs garde-fous qu’on puisse copier chez soi.
Les appliques pour la terrasse et la porte d’entrée
L’applique murale, c’est l’éclairage de la vie du soir. Elle éclaire la table, la porte, la serrure quand vous cherchez vos clés. Sur une façade, deux appliques de part et d’autre de la porte-fenêtre valent mieux qu’un projecteur unique au-dessus.
Pour la terrasse, choisissez des modèles à faisceau dirigé vers le bas, ou vers le haut et le bas. Jamais une source nue à hauteur des yeux de quelqu’un d’assis. C’est elle qui fait dîner en plissant les yeux. Une lumière posée sur la table ou une suspension au-dessus complète l’ensemble, si la terrasse est couverte.
Et le détecteur de mouvement ? Utile sur l’allée du garage ou près des poubelles, là où l’on passe sans s’arrêter. À fuir sur une terrasse : rien de plus agaçant qu’un dîner coupé par l’extinction automatique toutes les deux minutes. L’ANPCEN, l’association qui milite contre la pollution lumineuse, rappelle de son côté que la lumière de nuit dérange la faune nocturne. Un détecteur déclenché sans cesse par le vent dans une haie n’arrange rien.
Éclairage extérieur : combien de lumière, et de quelle couleur
La question qui revient le plus, c’est le nombre de lumens. Je préfère la prendre à l’envers : quel est le plafond raisonnable ? L’arrêté de 2018 en donne un pour les jardins ouverts au public en agglomération, 25 lumens par mètre carré. Appliqué à votre terrasse, le calcul tient sur un coin de table.
Pour 10 m², 250 lumens. Pour 20 m², 500 lumens. Pour 30 m², 750 lumens. Ce n’est pas une obligation chez vous, c’est un repère de sobriété. Si votre projet en totalise trois fois plus, demandez-vous ce que vous éclairez vraiment.
Pour la couleur, je ne dépasse pas 3 000 K, la valeur que le même texte retient pour l’éclairage des allées et des voies. Au-delà, la lumière tire vers le blanc froid : le gazon vire au gris, les visages aussi. Une lumière chaude, à 3 000 K ou en dessous, rend au bois de la terrasse et aux feuillages leur couleur du soir.
IP, câbles et différentiel : la partie qu’on ne bâcle pas
L’indice IP se lit en deux chiffres, définis par la norme CEI 60529. Le premier dit la protection contre les poussières, le second contre l’eau. Le guide de Lampea fixe le minimum à IP44 pour un luminaire de jardin ou de terrasse. Je m’y tiens pour une applique sous un avant-toit.
Pour une borne exposée à la pluie battante ou à l’arroseur, montez à IP65. Pour un spot encastré dans le sol, là où l’eau stagne après un orage, IP67, qui supporte une immersion temporaire. La norme NF C 15-100 tolère moins, à savoir IP24, mais près d’un arrosage ou d’une piscine, je ne descends pas sous IP65.
Côté câbles, les repères de la NF C 15-100 sont précis. Sous une pelouse, 50 cm de profondeur. Sous une allée où roule une voiture, 85 cm. Un grillage avertisseur rouge à 20 cm au moins au-dessus du câble, sauf si celui-ci passe dans une gaine TPC rouge. Et un interrupteur différentiel 30 mA en amont, dans le tableau.
Ma règle d’organisation : on creuse les tranchées avant de planter et avant de poser le dallage. Jamais après. Rouvrir une terrasse pour passer une gaine oubliée coûte bien plus cher que le luminaire qu’elle devait alimenter.
Ce qu’il faut apporter à l’électricien
Un électricien chiffre ce que vous lui montrez. Montrez-lui le plan de nuit, pas une liste de produits. Avec les points lumineux numérotés, le type de chaque luminaire et son indice IP, il peut dimensionner le circuit et le différentiel du premier coup.
Ajoutez-y la longueur des tranchées, mesurée au mètre près, et ce qui passe dessus : pelouse, allée piétonne ou entrée de voiture. Deux devis établis sur ce même document seront enfin comparables. Sans lui, l’un oubliera la gaine, l’autre le grillage, et vous ne le saurez qu’au moment de creuser.
Questions fréquentes
Combien de lumens faut-il pour éclairer une terrasse ?
Prenez comme plafond le repère de l’arrêté du 27 décembre 2018 pour les jardins ouverts au public en agglomération, soit 25 lumens par mètre carré : 500 lumens pour une terrasse de 20 m². Mieux vaut plusieurs points modestes bien placés qu’un seul projecteur puissant.
Quelle couleur de lumière choisir pour le jardin ?
Une lumière chaude, jusqu’à 3 000 K, la valeur maximale retenue par l’arrêté de 2018 pour l’éclairage des allées et des voies de circulation. Au-delà, le blanc froid rend la végétation grise et éblouit davantage.
Quel indice IP pour un luminaire extérieur ?
IP44 au minimum pour une applique abritée, IP65 pour un luminaire exposé à la pluie ou à l’arrosage, IP67 pour un spot encastré dans le sol, qui supporte une immersion temporaire.
À quelle profondeur enterrer le câble d’une borne de jardin ?
La norme NF C 15-100 demande 50 cm sous un jardin et 85 cm sous une voie carrossable, avec un grillage avertisseur rouge 20 cm au-dessus, sauf en gaine TPC rouge. Le circuit est protégé par un différentiel 30 mA.
Dernier réglage, et le plus souvent oublié : refaites le tour du jardin une semaine après la pose, à la même heure. Les feuillages auront bougé, et un spot parfait le premier soir éclaire parfois déjà la fenêtre du voisin.
Aline Renard
Rédactrice
Aline suit l'aménagement extérieur : terrasses, clôtures, allées et tout ce qui structure un jardin. Elle croise les tarifs annoncés par les professionnels avec les textes officiels, et signale ce qui change d'une région à l'autre.
Tous les articles de Aline Renard